Parcours

Né en 1928 à Lyon dans une famille d’industriels et de négociants en fils de soie,  Jean Payen n’était en rien prédestiné à la céramique. Adolescent, il aménage dans la propriété familiale d’Ecully un petit atelier où il s’essaie à la sculpture, au dessin et autres arts plastiques. Confirmant cet intérêt, il suit les cours des Beaux-Arts à Lyon de 1946 à 1950 puis les cours de céramique et moulage aux Beaux-Arts de Marseille en 1951-1952. Résolu à se consacrer pleinement au travail de la terre, il se perfectionne quelque temps dans différents ateliers, en particulier à Antibes et à Vallauris où la céramique connaît un renouveau sous l’impulsion et l’influence de Pablo Picasso.

Le céramiste Jean Payen dans son atelier parisien au début des années 1960.

Jean Payen dans son atelier au 85 de la rue Mouffetard à Paris, c. 1962.

Désirant vivre à Paris, après avoir travaillé dans des ateliers de céramique rue de Fleurus et rue Bonaparte, il parvient en 1953 à installer le sien, équipé d’un petit four électrique, rue Mouffetard, sous les toits. Jusqu’à son mariage en 1957, il y vivra dans des conditions assez précaires. Là, il trouve sa propre voie, développe son style et son savoir-faire. Les premières années, sa production, souvent colorée, avec des décors animaliers stylisés ou plus abstraits et géométriques, reste assez marquée par ce que l’on désigne aujourd’hui comme « la céramique des années 50 ».


La sobriété et le dépouillement ne cessent de s’affirmer au fil du temps et demeurent au cœur de sa démarche. Techniquement, Jean Payen se tient à ses choix initiaux : faïence, produite en petite série, à base de terre liquide (barbotine) coulée dans des moules en plâtre, première cuisson à 1050° après engobage (apprêt à base de terres délayées teintant les pièces crues) lui permettant de contrôler subtilement le rendu des émaux industriels qu’il utilise en les modifiant fort peu pour la deuxième cuisson à 960°.


En 1965, son installation à Gordes dans le Vaucluse, où il aménage un grand atelier dans sa nouvelle maison, lui permet de développer sa production et de pousser plus loin sa démarche. Sa palette d’émaux se limite avant tout au brun et au blanc même s’il lui arrive d’utiliser aussi un bleu ou un rouge “francs” et, pour de rares intérieurs, du noir. De temps à autre, il décore une grande pièce mais cela reste une activité exceptionnelle, une parenthèse en marge de son travail quotidien.


Ainsi, sous la pression amicale de Noëlla Gest, il participe en 1975 à l’exposition qu’elle organise dans sa galerie de Saint-Rémy-de-Provence, «18 artistes et la terre ». Cette manifestation marque l’ambition artistique renouvelée des céramistes et l’attirance de nombre d’entre eux pour la sculpture. Mais Jean Payen, même s’il apprécie beaucoup la plupart des oeuvres de ses co-exposants, se considère avant tout comme un potier. Les coupes hémisphériques qu’il montre ont beau être décorées et s’accrocher au mur comme un tableau, elles n’en restent pas moins de grands récipients destinés à être décrochés et utilisés, à l’image de certaines poteries traditionnelles pareillement suspendues. Cette modestie, cette exigence et cette simplicité réfléchie rendent aujourd’hui ses pièces aussi reconnaissables que singulières.

Fidèle à lui-même, Jean Payen poursuit son travail jusqu’à la fin des années 1980 et meurt dans sa maison, en janvier 2012.

Jean Payen à Gordes vers 1976.

Jean Payen dans sa salle d’exposition à Gordes,  1976.

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