Décors

Le décor est au cœur du renouveau de la céramique initié à Vallauris quand Jean Payen se lance dans le métier au début des années 50. Il l’adopte à son tour et conçoit des motifs abstraits géométriques ou animaliers stylisés. Par la suite, alors que les décors passent de mode, les siens se font plus rares et s’épurent encore. En un sens, réaliser des décors uniques sur des pièces de série lui permet de dépasser le dilemme brûlant de la céramique du début des années 60 partagée entre la  série et la pièce unique.  Si ses deux grandes périodes se distinguent aisément, cette évolution se fait dans la continuité, sans ruptures radicales. Ses dernières compositions, à la stricte géométrie élémentaire ou aux courbes fluides et naturelles, trouvent leur origine dans ses oeuvres initiales pourtant marquées par le “style 50”.


Dès le début des années 60, il n’utilise pour chaque céramique décorée plus qu’un seul et unique émail, blanc ou ocre jaune, en jouant par transparence avec l’engobe (apprêt à base de terres délayées teintant les pièces crues) adapté à celui-ci. Allant du blanc pur ou de l’ocre jaune lisses et brillants, au gris ou au brun rugueux et mats, il obtient de cette façon une palette presque « achromatique » et varie discrètement la matière de ses pièces comme leur prise à la lumière. Due à l’engobe, la rugosité est inversement proportionnelle à l’épaisseur de l’émail qui, toujours appliqué par pulvérisation de couches successives, peut se réduire après cuisson à un voile ajouré et vibrant ou même à un léger glacis incolore et grumeleux. Même dans le décor, il évite ainsi l’exubérance.

Coupe creuse a décor géométrique

Grande coupe, décor intérieur émail ocre jaune sur engobe, c. 1970, D 52 cm.

Le principe technique est simple, sa mise en œuvre l’est moins. La facture minimaliste exige un rendu sans défauts, net et homogène. L’émaillage par couches successives, effectué avec des caches, requiert beaucoup d’expérience et de doigté pour contrôler l’épaisseur de l’émail. Surtout, le design, affirmant la forme, tolère mal le décor. Le défi majeur est de respecter l’équilibre de ces pièces, de mettre en valeur leurs surfaces tendues et leurs lignes nettes, que le décor se mêle à la forme, la complète ou l’exalte, que le graphisme tutoie la sculpture.


Dans les années 50, les grandes coupes sont systématiquement décorées de façon originale. Si Jean Payen commence à développer le procédé de décor par couches pulvérisées, il recourt surtout à d’autres méthodes plus usuelles. Il superpose au pinceau plusieurs émaux et ajoute des couleurs vives à ses compositions.

 

Il pratique aussi souvent des incisions linéaires sur l’émail pour faire apparaître l’engobe. Cette scarification – décor rudimentaire qu’il continue à utiliser jusqu’à la fin mais de façon plus limitée et maîtrisée – apporte à ses pièces dynamisme et énergie. Comme on peut le constater grâce à quelques documents de l’époque, il recourt volontiers à cette technique pour des pièces à vocation clairement utilitaires et même sur des services entiers.

 

Sur quelques petits modèles, cendriers, coupelles ou raviers, il réalise même des séries à l’aide de techniques mixtes et à partir de motifs toujours abstraits à dominante géométrique. Ces décors des années 50 tiennent moins compte que ceux des années 60 et 70 des volumes des pièces sur lesquels ils sont appliqués. Cependant, surtout utilisées seules et de façon rectiligne, les incisions constituent une forme élémentaire d’ornement qui joue déjà un peu avec les volumes comme il le développera ultérieurement avec plus d’ambition.